Deuxième et dernier jour passé dans la jolie ville de Göteborg. Au réveil, et contre toute attente, le ciel était d'un bleu immaculé. Coup de chance, le beau temps était au rendez-vous. Adieu le programme initial, je quitte le plus tôt possible l'auberge de jeunesse direction le tramway.
Car il y a une chose que je comptais bien faire par beau temps : Skärgarden, l'archipel de Göteborg, constitué de 9 îles principales et de nombreuses plus petites. Me voilà donc parti à bord du tramway n°11, celui dont le terminus dépose au port de départ des ferries.
Arrivé sur le quai, en vérifiant l'heure de départ du ferry pour l'île de Brännö - sur laquelle mon choix s'est porté - j'ai eu droit à une première rencontre de voyageur amusante. Un gars s'avance jusqu'au panneau, et balance un juron, ou ce qui devait en être un car j'ai appris plus tard qu'il était tchèque. Mais on peut convenir que dans toutes les langues, l'intonation vulgaire ne trompe personne.
Bref, le type était donc de Prague, s'appelait Karil et avait un sacré look de baroudeur. Il s'avère qu'il avait quitté son Europe centrale natale pour rejoindre, en passant par le Danemark, la Norvège. Le but ultime de son voyage était de monter dans un bateau pour aller pêcher des harengs dans la mer du Nord et l'Atlantique... Alors forcément, la question de savoir comment il a eu une telle idée alors que la République Tchèque n'a aucun accès à la mer a été posée. Sa réponse : "Mais c'est justement pour ça mec !" Ouais, ça se tient.
Pour le moment, il s'était choisi une petite île de l'archipel pour aller piquer une tête. Il faut savoir qu'il faisait 14/15°C dehors avec le petit vent froid que tout le monde déteste puisqu'il nous glace les os au sortir de l'eau. Je lui demande : "Mais elle est à combien l'eau ?". Sa réponse: "Suffisamment". Ouais, ça se tient.
N'ayant pas mon maillot, mon bonnet de bain, ma combinaison intégrale, mon tuba, mes lunettes de plongée, mes bouteilles d'oxygène et surtout le courage nécessaire pour ne serait-ce qu'émettre la vague idée d'aller me baigner nu dans l'archipel avec un grand blond tchèque barbu qui s'apprête à devenir marin, j'ai donc choisi d'en rester à mon projet initial: l'île de Brännö.
Le ferry arrive, il fait super beau, c'est parti !
La traversée me rappelle encore une fois l'archipel de Stockholm, avec ces îles éclatées recouvertes quasi-essentiellement de rochers surmontés d'une végétation souvent éparse, parfois dense.
Premier arrêt sur l'île d'Asperö, sublime petit village côtier. A noter, les célèbres stugas suédoises (maisons en bois rouge, parfois jaune pâle) le bateau-bus de l'école, une "maison F1 plein pied pleine de charme exposée sud, terrasse avec vue", ou encore la fameuse lastmoped locale, sorte de mobylette devancée par un plateau de transport. Car oui, aucune voiture n'a le droit de circuler dans l'archipel, quel bonheur !
Après une dizaine de minutes, me voilà débarquant sur l'île de Brännö, célèbre à ce que l'on dit pour ses paysages et ses plages prisées l'été. Dès les premiers pas, un dépaysement total, une quiétude et une atmosphère chaleureuse baignent les rues étroites du petit village d'environ 800 habitants. Très peu de monde dans les rues ou dans les jardins, mais l'explication m'en avait été donnée dès le terminal d'arrivée des ferries. Énormément d'habitants partent travailler sur Göteborg le matin et ne rentrent qu'en fin journée. Comment je sais qu'ils sont si nombreux ? Facile, il n'y a qu'à regarder l'une des deux "allées parking à vélos" qui bordent le quai !
Une fois arrivé au centre du village, je m'engage pour une randonnée de quelques heures sur l'île de Brännö qui se poursuit sur celle Galterö, à laquelle Brännö est reliée par un petit pont. Cette seconde île, plus sauvage et quasi-dépourvue de maisons, est magnifique, sublime, splendide, pour faire simple. Les paysages qu'elle propose mêlent rochers, étangs, marécages, prairies et plages de sable désertes où résonnent les cris d'oiseaux. La seule chose qui nous rappelle que l'on se trouve à proximité de la seconde ville de Suède est le passage, au large, d'énormes bateaux se rendant à Göteborg.
Enfin, pour achever ce parcours dans l'archipel, on fera à nouveau référence au "pragmatisme suédois", qui vous invite aujourd'hui à une réutilisation astucieuse de vos vieilles caisses de vins français:
Retour maintenant à Göteborg, avec une statue qui se la joue "miroir, miroir, dis moi qui est la plus belle", tout en sachant pertinemment qu'en tant que Suédoise, les chances de réponses positives sont plutôt fortes, au regard de celles que je peux croiser. Prétentieuse !
Attention, la photo suivante est un piège ! Mais quelle est donc la particularité de cette Feskekörka ?
"Ouais, bon, c'est une sorte d'église, une petite chapelle banale quoi, où est l'intérêt?" me direz-vous ? Et bien non ! Car en réalité il s'agit... d'une église consacrée/marché aux poissons !
On dit qu'il n'est pas rare de croiser de jeunes mariés posant à côté des fruits de mer... On dit surtout "chacun son délire", n'est-ce pas ?
Passage ensuite par le Stadsmuseum (musée de la ville, gratuit), qui abrite, outre un petit bonhomme venu des temps immémoriaux apercevant un Français pour la première fois et les restes du navire Äskekärrkeppet - le seul vaisseau viking encore existant en Suède -, une quantité impressionnante d'objets venus des Indes, dont une très belle trousse de médecin. Le bâtiment qui abrite le musée était le centre de la Compagnie suédoise des Indes orientales au XVIIIème siècle.
Mais ce n'est pas tout ce qu'abrite le Stadsmuseum ! ATTENTION : ce qui suit ne convient pas à un public trop sérieux et sensible.
Nous allons découvrir ensemble l'humour suédois. A moins qu'il ne s'agisse encore de leur célèbre pragmatisme dont je ne cesse de parler. Observez la photo suivante, tout en sachant qu'elle se trouvait dans une pièce consacrée à la fin du Moyen-Âge et au début de l'époque moderne.
Bon, ce n'est pas sorcier. On a tous déjà entendu parler des célèbres ancêtres de nos toilettes, les fameux bancs à trous. Mais ce qui m'a interpellé, c'est la question au-dessus : Vad finns i dasset? Ce qui veut dire, grosso-modo, "qu'est-ce qui est dans les toilettes?"
Dès lors, je me dis "'haha, pas mal, ils ont du faire une blague, ils sont drôles ces Suédois, faire ce genre de chose dans des musées sérieux..."
ET EN FAIT NON, ils l'ont fait. Qu'est-ce qu'il y a dans les toilettes ? A votre avis...
Après m'être ouvert l'appétit au Stadsmuseum, et une petite averse aidant, j'ai choisi de pratiquer une des habitudes suédoises incontournables: le fika, généralement traduit en français par "pause-café".
J'ai donc "fiké", puisque les Suédois en ont même fait un verbe, dans un charmant petit café, accompagné d'un chocolat chaud et d'un copieux kannelbulle (gâteau à la cannelle). Il faut savoir que le fika est très pratiqué en Suède, c'est un important moment d'échange entre collègues ou entre amis.
Pour finir cette déjà longue et bien chargée journée, et surtout pour profiter de mes dernières heures à Göteborg, un dernier petit tour dans la ville, avec le très chouette quartier Haga datant de 1648, le plus ancien de Göteborg avec ses rues pavées, l'imposante Oscar Fredriks Kyrka (église), et enfin le Trädgardsföreningen - que je traduirais par "jardin composé" - , vaste zone protégée ponctuée de petits cafés, mais surtout emplie d'une très belle végétation.
Mon séjour à Göteborg prend fin. Départ pour Karlstad et le lac Vänern demain matin. On pourra retenir que Göteborg, souvent éclipsée par Stockholm qui est plus connue, mérite vraiment le détour. De beaux édifices, des rues agréables sillonnées de tramways et découpées par de charmants canaux et un archipel à découvrir absolument.
Où que l'on se trouve dans cette ville, une sensation prédomine : il y fait bon vivre.
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