L'appel des kartoffeln était trop fort pour que je puisse y résister bien longtemps... Me voilà donc de retour en Allemagne, toujours en Rhénanie-du-Nord-Westphalie, Land le plus peuplé et le plus puissant économiquement, englobant les villes de Dortmund, Cologne, Düsseldorf ou encore Bochum. Je ne me lasse pas de la région de Lemgo, cette fière petite ville de 30 000 habitants que j'apprécie de plus en plus au fur et à mesure que j'en fais la découverte.
Première étape, les Extersteine aux alentours de la commune de Detmold. Il s'agit d'imposants blocs de pierre, dont le plus haut frôle les 50 mètres, en plein milieu d'une vaste forêt qui servit de temple païen dans l'Antiquité. VOILÀ ! Voilà le type d'impression que je m'attendais à avoir en découvrant Stonehenge (voir article précédent "Dans le Sud de l'Angleterre"). Bref, passons.
Comme un peu d'étymologie en réjouira certains, le terme "Extersteine" est une déformation du mot Eckensternensteine signifiant « pierres d'angles d'étoiles ». Preuve que même les Allemands reconnaissent parfois que leur langue est si compliquée à prononcer sans une patate chaude dans la bouche que cela justifie bien la simplification de certains mots.
Il s'agit donc d'un ancien temple saxon qui fut conquit par les Francs en 772 qui le saccagèrent. Ce lieu abrita à partir du Xème siècle une église chrétienne. On en trouve encore aujourd'hui la trace dans la pierre et un relief représentant des scènes bibliques.
Durant le IIIème Reich, ce lieu suscita un intérêt à l'intérieur même du parti national-socialiste allemand. Un des fervents officiers d'Hitler, Himmler, était partisan d'un retour aux traditions germaniques préchrétiennes. Il s'intéressa de près à ce sanctuaire, ordonna des fouilles sur le site dans les années 1930 puis proposa la construction d'infrastructures destinées à l'accueil du public. Il est aussi à l'origine de la transformation du site en réserve naturelle. Ses projets furent abandonnés, mais finalement mis en œuvre après la chute du régime nazi.
Enfin, le site devint dans les années 1970 puis 1980 un important site de rassemblement de type "hippie", ce qui signifie pas loin de 3500 tentes installées un peu partout, des gens courant nus dans les bois et tout ce qui va avec. Depuis...le camping est interdit. Mais de nombreux événements redonnent vie à ce lieu magique au printemps et en été.
Toujours dans les environs de Detmold se dresse l'imposant Hermannsdenkmal - "Monument d'Hermann" - au sommet d'un mont densément boisé d'un peu moins de 400 mètres, suffisants pour dominer le paysage des environs.
Ce monument rend hommage au chef de guerre Cherusque Arminius, "Hermann" en allemand, personnage célébrissime dans l'histoire antique germanique reconnu comme le héros de la bataille de Teutoburg remportée contre l'envahisseur romain.
Tout commence dans la forêt, sous la pluie, en l'an 9. 15 000 légionnaires romains se font repousser par une coalition de troupes germaniques à la frontière de l'Empire. Le général Varus, 55 ans, se suicide après la bataille, impuissant face aux armées d'Arminius le Chérusque.
Cet Arminius est né vers -16 dans une famille noble de la tribu des Chérusques. Après avoir effectué une carrière à Rome, et ayant obtenu la citoyenneté, il revient pour combattre les peuples de l'autre côté du Rhin pour le compte de l'Empire. Les "Germains", - comme les Frissons, les Marcomans, les Chérusques...- sont alors dispersés de la mer du Nord jusqu'à l'Elbe et la Baltique et passent le plus clair de leur temps à se battre entre eux, ne faisant preuve d'aucune unité culturelle ou politique. Certains, comme Arminius, s'engagent alors comme auxiliaires dans l'armée romaine. L'Empire romain connaît à cette époque son apogée territoriale et aucune puissance ne lui résiste. Les Grecs ont cédé, les Gaulois aussi. Mais en l'an 9, Arminius réussit l'impossible: fédérer cette multitude de tribus de Germains dans le but d'arrêter l'avancée de Rome en Europe du Nord-Est.
Ainsi, Arminius fait figure de monument national dès le Moyen Age et pourrait être comparé à notre Vercingétorix national, mais en victorieux.
La construction de cette statue de plus de 50 mètres lui rendant hommage date de la seconde moitié du XIXème siècle et est à replacer dans un contexte historique particulier. En effet, la Prusse d'alors et les différents États allemands étaient traversés d'un important élan pangermanique qui se tournait vers le passé à la recherche d'une fierté nationale dans le but d'unifier une "nation" allemande.
La statue ne sera achevée qu'en 1875, après la victoire de la Prusse contre la France de 1870 et l'unification de l'Allemagne sous Bismarck en 1871. Comprenant l'inscription "Deutsche Einigkeit, meine Stärke - meine Stärke, Deutschlands Mach" (l'unité allemande (est) ma force - ma force (est) la puissance de l'Allemagne), ce monument constitue donc également l'un des symboles de la jeune Allemagne naissante.
Certains Allemands que j'ai rencontrés m'ont également confié quelques histoires autour de cette statue. On dit par exemple que son épée serait pointée en direction de la France, "l'ennemi" de l'époque. On dit également que le monument fut un lieu de pèlerinage nazi, que bon nombre d'entre eux portaient un tatouage représentant Arminius. A tel point qu'un grand rendez-vous nazi, comprenant Hitler, était prévu aux pieds de la statue, mais fut finalement annulé.
Aux alentours de nombreux lieux particuliers de ce type, différentes activités sont proposées aux visiteurs en Allemagne. On a réellement l'impression, et c'est bien souvent le résultat final, que tout est mis en œuvre pour permettre aux gens de passer la journée entière au même endroit tout en profitant de diverses activités. Ainsi, on trouve autour de la statue d'Arminius un cinéma en plein air, de nombreux sentiers de randonnée ou encore un parcours accrobranche (ci-dessous).
Nouvelle petite pause dans la ville de Lemgo que j'apprécie toujours autant. Son château, ses parcs, son centre historique et son équipe de handball qui joue en Bundesliga, la première division allemande !
Étape maintenant dans la ville de Münster, l'allemande, pas la française célèbre pour son fromage du même nom. Là encore, comme la plupart des villes allemandes de la région, un très beau centre historique est envahi par une multitude de vélos. Münster est en effet réputée pour être LA ville du vélo en Allemagne : beaucoup de pistes cyclables, des rues pavées interdites à la circulation, ce qui donne beaucoup de charme à la ville.
A noter dans le parc du château de Münster un très beau jardin botanique avec de nombreuses plantes tropicales entretenues dans les conditions climatiques des pays dont elles proviennent. C'est ici que j'ai définitivement compris que j'étais plus fait pour la Suède que pour la forêt amazonienne...
La prochaine étape est interdite aux moins de 18 ans et aux femmes. Hambourg, la "sexy sexy" ville hanséatique d'Hambourg. A l'arrivée dans le quartier de Sankt Pauli, les premiers tags et graffitis, omniprésents dans toute la ville, sont déjà très évocateurs... (Quoi ? Non, c'est juste une tour...)
Capitale non-assumée de la population hipster d'Allemagne - ces derniers n'aiment pas qu'on leur rappelle leur style particulier - on y trouve de nombreux restaurants végétariens et végétaliens, des bars, et des petits cafés "salon de thé" à l'ancienne.
Construit en 1888, le théâtre Rote Flora qui suit resta actif jusqu'en 1943. Rouvert en 1949, il sert de cinéma entre 1953 et 1964 avant de devenir un grand magasin. A partir de 1989, le théâtre devient le centre culturel et l'âme du quartier. De nombreux concerts gratuits s'y tiennent, ainsi que des expositions, et le lieu devient progressivement un "squat culturel". Mais un particulier va en faire l'acquisition dans le but de le transformer en véritable théâtre moderne et luxueux. C'est là que débute une véritable guerre urbaine entre le nouveau propriétaire et les habitants du quartier.
Soutenu dans un premier temps par la municipalité d'Hambourg et l'État, le propriétaire entend bien faire valoir ses droits. D'impressionnants dispositifs policiers sont alors déployés dans le but de reprendre le théâtre. La police va même jusqu'à placer certains de ses membres dans les rangs des manifestants dans le but de créer des débordements censés justifier l'action policière (ça vous rappelle certaines méthodes connues également en France ?). Mais rien n'y fait, les "rebelles" d'Hambourg tiennent le choc et obtiennent finalement l'abandon du projet. Le théâtre sera racheté par la municipalité d'Hambourg et laissé tel quel, un squat crasseux et tagué, icône culturel de l'esprit particulier d'une partie de la population d'Hambourg. Chacun peut se faire son avis. Personnellement, même si je comprends les revendications des habitants, je trouve que ce n'est pas rendre service au quartier que de laisser ce bâtiment chargé d'histoire dans un tel état. Enfin, des concerts de hip-hop s'y tiennent toujours de temps en temps, des affiches anti-OGM et anti-nucléaire se font leur place au milieu des graffitis, et la vie suit son court, tant que les murs tiennent debout.
Attaquons-nous maintenant à l'un des plus célèbres lieux d'Hambourg: la Reeperbahn. Il s'agit d'une grande avenue de près d'un kilomètre, toujours dans le quartier de Sankt-Pauli. Elle constitue ce que certains aiment à nommer le "quartier des plaisirs". On y trouve ainsi de nombreuses boîtes de nuit, des Sexshops, discothèques, salles de spectacles, théâtres, restaurants exotiques, bars normaux, bars de strip-tease, maisons closes, etc.
Pour info, les Beatles ont fait leurs débuts internationaux dans des clubs de ce quartier. De 1960 à 1962 ils se sont produits dans plusieurs clubs située sur la Reeperbahn ou sur la rue perpendiculaire GroBe Freinet.
Sur cette vitrine, comme sur de nombreuses autres, l'indication "Interdit aux femmes et aux personnes de moins de 18 ans". Dommage pour ces dames, elles manquent ainsi l'occasion de se procurer de très intéressants objets. Rien que pour vous, quelques idées cadeaux pour les prochaines fêtes :
Cachée un peu plus au sud, parallèle à la Reeperbahn, se situe la célèbre HerbertstraBe, rue piétonnière garnie d'une enfilade de maisons closes, bordels, où les prostituées s'exposent aux fenêtres de la même manière que dans le quartier rouge d'Amsterdam. L'accès en est interdit aux femmes et aux mineurs, à tel point que des murs ont été construits afin de barrer la rue aux deux extrémités.
Il est encore tôt, la rue est déserte...
Tout ça pour dire que je n'ai pu m'empêcher de percevoir Hambourg comme l'archétype de la ville de marins d'autrefois. On a l'impression que tout est fait pour répondre aux besoins d'un vieux loup de mer resté trop longtemps au large, ne pensant à son retour au port qu'à boire et à s'amuser, charnellement parlant.
En parlant de marins, le port d'Hambourg offre de très beaux coins et une promenade sur les quais en fin de journée vaut le détour.
Vous l'avez très certainement aperçu sur les photos précédentes, cet imposant bâtiment de verre entouré de grues (ci-dessus) est la Philharmonie de l'Elbe, surnommée "Elphi", une salle de concert philharmonique dont l'ouverture est prévue courant 2017. Mais l'ouvrage fait scandale dans la ville. Entamés en 2007, les travaux se montrent bien plus coûteux que ce qui avait été calculé à l'origine. Mais quand je dis "bien plus coûteux", je parle d'une multiplication du prix par 10, passant de 77 millions d'euros à pas loin de 800 millions... De quoi animer de nombreuses controverses...
Pour finir sur une note plus douce, la dernière étape, bien plus sage, sera la ville de Paderborn à moins d'une heure de Lemgo. Malgré de très nombreuses destructions dues aux bombardements de la Seconde Guerre mondiale, la ville conserve quelques belles maisons historiques et de très apaisants petits coins de verdure.
A suivre...


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